“Maraude et Murphy” : La musique sur mon dernier film

Je t’emmène dans les coulisses de la fabrication de mon court métrage : Maraude et Murphy. 🎼

Aujourd’hui c’est l’enregistrement de la musique du film ! Comme le dit si bien une de mes idoles Bernard Palacios, “La musique, c’est 100% d’un film…. et l’image aussi”. On ne s’en rend pas souvent compte mais la musique sur un film nous met dans une ambiance, révèle une scène, fait monter une tension, adoucit une situation, …. La musique de film est un art très délicat qu’il convient de réfléchir, étudier, soupeser, travailler. C’est l’aboutissement de plusieurs mois de travail pour le compositeur Nathanaël Bergèse et moi. 

Le compositeur accompagne le film depuis le projet jusqu’à la diffusion. 

Première étape : la confiance🐱

Quand j’ai parlé à Nathanaël pour la première fois de ce film sur les chauves souris, il m’a tout de suite dit « je te suis » .

Nous avons déjà une petite filmographie ensemble

Un peu perdu

Capucin

Vieil Ours (réalisé par Chen Chen, j’ai aidé au dialogue réalisateur/ compositeur)

Des films institutionnels 

À cette étape, tout est nébuleux : l’histoire, le scénario, l’esthétique du film.

Mais Nathanaël me fait confiance, nous avons déjà travaillé ensemble et cette confiance est très précieuse. 

Kit de survie à la composition de musique de film

Seconde étape : on plante le décor✍️

Puis quelques images de rendu définitif, se dégage. Je fais ce qu’on appelle une « animatique » c’est le film au brouillon, chaque plan est dessiné rapidement et même si rien ne bouge, on a la durée globale des actions. 

À ce moment là, il faut poser les premières notes, et on commence à discuter des intentions. Sur une image, on peut mettre mille musiques différentes et on obtiendra autant d’ambiances. Alors, réalisatrice, qu’est-ce que tu veux?? 

ça se passe dans la forêt

 À ce moment là j’arrive avec quelques musiques en références, des images, et des mots. Car trouver un vocabulaire en commun avec un musicien quand l’un s’exprime essentiellement en image et l’autre en sons, ça donne des dialogues genre : « tu vois ce que je veux dire ? » « j’entends oui ». La traduction entre ces deux mondes est à inventer pour chaque nouveau projet, c’est un langage commun fait de mots, de sons, d’images, et de gestes 🖖

Je voulais une musique qui réponde à l’intention première du film : entre le conte et les sciences naturelles.

Le but ultime du film, c’est de détruire le mythe de la chauve souris effrayante associée au vampire et à halloween. Donc la musique devra éviter tous ces clichés.

Pour « Maraude et Murphy », voici un échange : 

Helene : Natha, j’ai découvert cette musique dernièrement, c’est génial ! c’est de la musique POUR CHATS. C’est génial, je voudrais que tu fasses de la musique pour CHAUVE-SOURIS !

Nathanaël : 😐

edit : lisez ici la véritable réaction de Nathanaël 

 

Pour moi, Nathanaël sait composer TOUTES les musiques, tous les genres mais il sait aussi celle qui met en valeur mes images ! Heureusement, il a l’habitude de travailler avec des réalisateurs de film d’animation (on n’est pas fous, on a juste une perception de la réalité… différente)

Voici une playlist de “Music for cats” de David Teie. C’est une référence dont j’avais parlé au début de la création. Si vous avez un chat, vous verrez que ça le fait réagir 🙂 et si vous êtes stressé, c’est très apaisant ^^

Plus sérieusement, je trouve intéressant qu’il existe une musique spécifique pour chats car c’est une reflexion scientifique sur l’univers acoustique des félins et comment les apaiser. Donc ce qui me plaît dans ces morceaux, c’est le fait que cela puisse être écouté par de petites oreilles, avec des sons musicaux proches des émissions animales… des sons petits, des gratouillis, des insectes qui rongent le bois… (Et après tout, le film est destiné aux enfants, qui ont eux aussi de petites oreilles.)

Trois mots se sont dégagés des entretiens que nous avons eus avant la création de la musique :

NATURE, AVENTURE, MYSTÈRE

Pour moi c’était important d’avoir des instruments « naturels », avec du bois (l’univers se passe essentiellement en forêt, alors il faut que les sons résonnent avec des instruments en bois)

Maraude-et-Murphy-grotte

Maraude se réfugie dans une grotte

En plus, il faut que la musique soit « graphique, parce que l’image est très schématique, les personnages et les décors sont essentiellement en silhouettes. 

S’il me prend pour une folle, Nathanaël n’en laisse rien percevoir, et je l’en remercie. À ce moment là, il promet de cogiter tout ça et de faire une proposition qui soit aussi quelque chose de très original. Une musique qu’on n’aurait jamais entendu dans un film jeunesse et dans la forêt !

Quelques jours plus tard, il me fait écouter sa première – et très belle – proposition. Cela s’apparente à de la musique celte pour évoquer la magie de la forêt, des notes légères comme le personnage qui volette, et doux comme la fourrure d’une chauve souris ! (non mais ça s’appelle « chauve » souris alors que c’est hyper poilu, c’est dingue !)🌟

Nathanaël : La musique celtique est associée aux espaces naturels, à la nature sauvage, au mystère, et à l’univers des contes et légendes. Ça sera un élément de narration complémentaire. C’est une musique facile à écouter, avec des harmonies simples et répétitives. Elle trouvera sa place avec l’image et l’animation épurée.

Un travail autour des sons et instruments est fait de manière à symboliser les sons qui peuvent être émis par les chauves souris. Que ce soit les ultrasons ou les bruits d’ailes, de mouvement, petits craquements que l’on peut imaginer à la taille de l’animal. On jouera ainsi avec les frottement des doigts sur les percussions traditionnelles (frame drum), et celui de l’archet du violon.

Le parti pris fort de la musique celtique nous permet de ne pas contextualiser le film et lui laisser sa part de magie et mystère sans l’appuyer avec des clichés musicaux. Il nous laisse aussi la latitude du rythme allant du plus lent et contemplatif, à la musique plus dansante accompagnant les mouvements des ailes et le vol vif de ces petits mammifères.

La musique se verra aussi comme une représentation sonore des cris des chauves souris qui sont situés hors du champs auditif humain mais pour lequel il existe des éléments scientifiques qui nous serviront de base. L’idée sera ici de créer un lien sonore entre le spectateur et ces héros muet pour nous en leur donnant une voix imagée.

Tout en gardant ce fil conducteur la musique évoluera comme un élément narratif, appuyant ou complétant les émotions des personnages ou du décors  dans un échange avec le réalisateur.

Troisième étape : construction 🚀

Une minute trente, c’est la durée de la maquette qu’on envoie accompagné d’un conséquent dossier d’intentions, de prévisions budgétaires avec Citron Bien Cinéma à la SACEM (organisme qui récupère les droits musicaux et s’occupe de les répartir)

Oui les dossiers envoyés aux organismes financeurs, c’est pas la partie la plus fun de la fabrication d’un film, mais sans financement, c’est beaucoup plus compliqué. Beaucoup plus. Un film d’animation coûte environ 10 000€ la minute. Tout compris. Et comme une société de production n’est pas un mécène, il faut aller chercher des financements auprès d’organismes public et privés (le CNC, les chaînes TV, les Régions, … je détaillerai tout ça dans un autre article).

Donc en ce qui concerne la musique de film, je ne connais qu’un seul organisme qui finance les courts métrage, c’est la SACEM.

Notre précédente création « Un peu perdu » avait déjà été aidé alors on croise les doigts…

🔔

Ils nous on suivi ! J’ai déjà dit qu’un soutien sur un film était fantastique?? 

Du coup, Nathanaël peut travailler plus sereinement, peaufiner la composition, supprimer l’aspect « médiéval » qui transparaissait (on ne sait pourquoi encore aujourd’hui!). On peut envisager d’enregistrer de « vrais » instruments, même si les sons d’ordinateurs sont déjà très bien, ils sont beaucoup trop justes et purs. (rappelez vous qu’au début je voulais une musique qui ressemblait à des miaulements de chats faits au violoncelle !! ) 🎻

Nathanaël imprime les partitions des mélodies qu’il a composées pour que le guitariste Alain Benedetti les joue dans le studio. J’arrive en milieu d’enregistrement. Alain est talentueux, il a eu le temps de s’entraîner quelques jours auparavant et quand il joue, un casque sur les oreilles, devant un micro, Nathanaël lui fait recommencer 20 fois, changer le doigté pour que ça sonne exactement comme il l’entend ! 🙊

La mélodie est complexe, enlevée. À mon avis, s’il y avait un niveau à mettre en haut de la partition ce serait «  hardcore, mais pianissimo » Ne pas oublier une seule note, et bien faire sonner chacune d’elle !

Le résultat d’enregistrement est superbe déjà.🎤

Après la session au violoncelle, Nathanaël recale les enregistrements sur la durée du film, choisi des pistes, harmonise l’ensemble et fait un « pré-mix » en priant pour que sa musique ne soit pas « enterrée » au mixage. 

Une bonne musique de film, c’est celle qu’on n’entend pas mais qui nous imprègne. J’ai fredonné l’air de Maraude et Murphy pendant des jours et des jours et je l’aime toujours autant ! 

Je trouve le résultat magnifique et suis ravie que cette musique pour chauve-souris soit, en fait, beaucoup plus que cela !

Merci Nathanaël !🏆

Une réalisatrice heureuse

retrouvez l’univers de Maraude et Murphy ici

et les compositions de Nathanaël Bergèse là

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